Les journées nationales féminines
Le 22/03/2019 à 09h48 par M. Mougel
Résumé

Le 1er juin 1952, ont lieu les premières journées nationales féminines. Elles se tiennent ensuite tous les deux ans jusqu'en 1965.

Dès les débuts du syndicalisme chrétien, l'existence de syndicats féminins a permis la prise en compte des réalités et la défense du travail des femmes. La demande de l’intégration de ces sujets dans les revendications de la CFTC se fait plus pressante, à partir de la fin des années 1930, par le biais de militantes telle que Madeleine Tribolati.

 

Alors que les syndicats féminins ont été dissouts et intégrés dans les syndicats masculins en 1944, Simone Troisgros, Secrétaire générale adjointe de la CFTC, souligne dans un article intitulé «L’action syndicale et la femme»[1] (octobre 1948) la spécificité d’un syndicalisme féminin au sein de «l'action syndicale générale». D’après elle, l’équilibre du syndicalisme et l’efficacité de son action dépend de la connaissance des éléments qui la compose. Ainsi, «il faut être une militante complète, militante d’abord dans le champs d’action propre [aux problèmes féminins], ensuite dans le champs d’action générale». Or, si les travailleuses ne viennent pas spontanément au syndicalisme, ce serait faute d’interlocutrices pour porter leurs revendications. C'est pourquoi Simone Troisgros plaide pour que les femmes agissent en collectifs et mettent en commun leurs revendications. Elle est par ailleurs interpellée par l’absence de femmes aux postes de responsabilités confédérales.

 

 

Tract de la 1ère journée nationale féminine, 1er juin 1952 (CH/4/144)

 

 

Le projet de journées nationales féminines apparait dans ce contexte. Alors que des publications comme Formation deviennent un relai d’information de la question féminine pour les militantes et les militants, les sessions de formation se multiplient afin que les femmes s’emparent du sujet et le diffusent au sein de leurs organisations. À travers la formation il s’agit aussi de permettre aux femmes de s’affirmer et de prendre leurs places dans l’organisation. En parallèle, la Commission confédérale féminine lance un questionnaire auprès des responsables sur le travail féminin (cadences, horaires, disparités salariales, difficultés de concilier travail et vie familiale…). Ce projet aboutit en 1952 à l’organisation de la première journée nationale féminine[2], et les résultats de l’enquête y sont présentés.

 

Organisée annuellement, puis tous les deux ans, cette journée devient un évènement incontournable dans l’action confédérale. Les représentantes désignées par les organisations sont chargées de débattre et de voter les thèmes et revendications propres aux travailleuses. Un article de Syndicalisme de 1965[3] explique en détail le sens de ces rencontres : « [il s’agit] de réfléchir sur les questions du travail féminin, pour un syndicalisme qui les défende. Sur les difficultés que rencontrent les travailleuses, le mythe de la condition de la femme, les conditions de travail de la mère de famille ». C’est aussi l’occasion de rappeler que certaines injustices au travail impactent tout autant les hommes que les femmes, justifiant aussi leur prise en compte syndicale.

 

 

Programme de la journée nationale féminine du 6 janvier 1963 (CH/8/610)

 

 

Programme de la journée nationale féminine du 6 janvier 1963 (CH/8/610)

 

 

Lors de cette journée, les différentes commissions de travail présentent leurs conclusions, rassemblées au sein d’un rapport général. Par la suite, la Commission féminine confédérale présente ce rapport au congrès confédéral. C'est finalement en 1967, avec l’organisation d’un colloque sur le thème « femmes au travail », dont les conclusions sont reprises dans le rapport de synthèse du congrès confédéral, qu'un premier tournant est marqué dans la prise en compte de la question des femmes par la CFDT.

 

 

Participantes aux journées nationales féminines CFDT, 13 février 1965 (CE/2/1965/8847)

Crédit : Bernard Weitz / Coll. Archives CFDT

 

 

Pour aller plus loin

 

[1] TROISGROS Simone, « L’action syndicale et la femme », in La revue du militant Formation n ° 8, sept-oct. 1948.

[2] Elle prend ensuite le nom de Rencontre nationale féminine d’études.

[3]« La rencontre nationale féminine fut une journée de réflexion », in Syndicalisme du 26 juin 1965 (CJ/4/27).

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