"Des guirlandes à la chaîne", 1978
Le 18/12/2018 à 10h41 par M. Mougel
Résumé

En janvier 1978, CFDT Magazine publie un article consacré aux conditions de travail dans une usine de fabrication de décorations de Noël.

Lancé en décembre 1976, CFDT Magazine répond à une demande croissante de ses adhérents, qui souhaitent un complément à Syndicalisme, alors principale publication confédérale, jugée trop austère dans sa mise en page et qui s’adresse avant tout aux militants. En lançant « un véritable magazine populaire »[1], la Confédération souhaite élargir son lectorat et s’adresser à un public plus large, en choisissant des sujets de sociétés pour aborder les problématiques portées par le syndicalisme : conditions de travail, protection sociale… Des sujets « très concrets, et en même temps, révélateurs de la société dans laquelle nous vivons ».[2] D’où le choix de nombreuses illustrations couleurs, de rubriques variées -notamment culturelles-, et de témoignages du quotidien.

 

 

Une de CFDT Magazine n°13, janvier 1978

 

 

De ce fait, à l’approche des fêtes de fin d’année, la rédaction de CFDT Magazine prend l’habitude de traiter de sujets en relation avec les festivités de Noël afin d’aborder la défense des droits des travailleurs et les bouleversements du monde du travail. Ainsi, dans son numéro de janvier 1978, la rédaction part d’un sujet en apparence anecdotique (la fabrication de guirlandes) pour parler du travail en usine, ici assuré en majorité par des femmes, et mettre en lumière les conditions de travail. Elle propose plus largement une réflexion sur la mondialisation : « Aujourd’hui le plastique est roi. Importé de Pologne en rouleaux de feuilles […], le polystyrène de cristal est ensuite découpé en lamelles d’où sortiront des guirlandes ». La course à la production est aussi évoquée, par le biais des chiffres annuels de production : « 35 000 kilomètres » de guirlandes fabriqués et « 22 millions » de « boules soufflées mécaniquement et métallisées ».

 

 

CFDT Magazine n° 13, janvier 1978

 

 

Ainsi, 70 % de la production française de décorations de Noël vient à l’époque de l’usine Droguet International (Jouy-sur-Morin, Seine-et-Marne)[3], alors leader européen de la décoration festive. A l’époque, sa collection de Noël compte 1 800 références, dont 30 % sont renouvelées chaque année afin de faire face à une concurrence féroce[4]. D’où la nécessité de rationaliser le travail au maximum, par l’automatisation et le travail à la chaîne, qui ont des conséquences parfois catastrophiques sur la santé des ouvrières. L’article invite à prendre conscience de la réalité d’un travail abrutissant et conclue ainsi : « Le visiteur d’un moment verra peut-être une féérie dans ces guirlandes qui se tressent ou dans les chapelets de boules qui défilent sous les yeux. Mais à la longue, celle qui est à sa machine ne voit plus la couleur, mais l’objet que l’on surveille, empile et empaquette ».

 

 

Pour aller plus loin

  • Collection de Syndicalisme puis Syndicalisme hebdo depuis 1936 (série CJ)
  • Collection de CFDT Magazine depuis 1973 (série CJ)

 

 

[1] « Une nouvelle étape », éditorial de CFDT Magazine n° 1, décembre 1976.

[2] CFDT Magazine n° 1, op cit.

[3] Créée en 1946 à Paris, la société s’est spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de décorations de Noël pour les grands magasins et les particuliers ; elle connait un développement croissant allant jusqu’à entrer en Bourse en 1988. Mais la concurrence du marché asiatique aboutit à un premier dépôt de bilan en 2001 et à la fermeture définitive de l’entreprise en 2008.

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