Le prix de la neige, 1977
Le 11/02/2019 à 10h14 par M. Mougel
Résumé

Alors que les premiers vacanciers hivernaux de 1977 arrivent dans les stations de ski, la CFDT s'interroge sur l'accessiblité de ce loisir et son coût réel pour les familles.

Présentation du contexte

 

La notion de sports d’hiver telle qu’on l’entend aujourd’hui est assez récente. Au XIXème siècle, elle est employée pour désigner à la fois les sports praticables en salle l’hiver (comme l’escrime ou la boxe) et les activités spécifiques aux conditions neigeuses de cette saison. Peu à peu, seule cette dernière définition est retenue. Le sport roi de cette catégorie est le ski alpin, inspiré du mode de déplacement des populations montagnardes. Il est théorisé et popularisé comme sport par les riches britanniques qui le pratiquent notamment dans les massifs alpins. L’engouement suscité pour cette discipline, ainsi que pour les autres sports d’hiver, démarre véritablement avec l’organisation, à Chamonix, en 1924, des premiers Jeux Olympiques d’hiver. Le ski alpin devient dès lors l’un des sports les plus pratiqués. Mais le sport seul n’explique pas tout : l’attrait pour la saison neigeuse tient aussi à l’évolution des villages de montagne. S’inspirant de l’expérience de l’hôtelier suisse Johannes Badrutt (1819-1889), les promoteurs français imposent l’idée d’un tourisme hivernal et développent des stations où l’on peut pratiquer des activités ludiques durant les mois enneigés. Avec 20 % de son territoire recouvert de massifs montagneux, la France connaît alors un développement du tourisme d’hiver.

 

Une de Syndicalisme Magazine n° 1012, janvier 1965 (CJ/6/12) ; une de Syndicalisme n° 911, 29 décembre 1962 (CJ/4/24).

 

 

Présentation du document

 

CFDT Magazine, outre ses reportages sur des sujets de société, propose aussi des dossiers pratiques présentant des solutions pour des loisirs accessibles à tous. Le sujet des sports d’hiver revient régulièrement dans le magazine, notamment sous l’angle du caractère inégal de cette pratique. Déjà, en 1962, Syndicalisme CFTC faisait sa une sur ce « privilège des plus fortunés » et appelait à « la démocratisation des sports d’hiver ».

 

 

"Le prix de la neige", CFDT Magazine n° 12, décembre 1977

 

Dans le dossier de décembre 1977, intitulé « Le prix de la neige », CFDT Magazine rappelle la disparité de l’accès aux loisirs d’hiver : « parmi eux, très peu d’ouvriers, d’agriculteurs. Le ski, il est vrai, coûte cher ». De même, près de 40 ans plus tard, si l’on en croit les chiffres donnés par la mission statistique du Ministère des Sports, seule 9 % de la population française pratique un sport d’hiver, en premier lieu du fait de sa cherté.[1]

C’est le cœur de cet article de 1977 : démontrer le coût élevé que représente une semaine de vacances à la montagne. Sorte de dossier à destination des consommateurs, l’article revient sur les différents postes de dépenses à prendre en compte si l’on souhaite partir. Ainsi, « nourriture et hébergement représentent la moitié du budget », suivi par le transport (20%), les remontées mécaniques (20%) et enfin les « à-côtés » (10%). Concrètement il indique qu’une famille de quatre personnes doit compter entre 1 500 et 2000 Fr pour le logement et la nourriture. Il faut ensuite prendre en compte les dépenses liées au matériel -qu’il soit acheté ou loué-, aux cours… Une somme non négligeable, d’autant que les tarifs varient en fonction des saisons et des stations. Et surtout, la fin des années 1970 est marquée par une forte inflation, entraînant une hausse de 9,6 % de l’indice des prix à la consommation entre octobre 1976 et octobre 1977. [2]

 

 

"Le prix de la neige", CFDT Magazine n° 12, décembre 1977

 

 

Ce constat est l’occasion pour le journaliste d’opposer deux concept de loisirs : le tourisme commercial, à but lucratif, porté par les grandes stations de ski des massifs alpins et le tourisme social, qui promeut une pratique touristique accessible au plus grand nombre. Cette vision du tourisme intègre la notion de solidarité et s’appuie notamment sur un réseau d’associations ou de lieux subventionnés (l’article cite ici les maisons familiales ou encore le développement des classes de neige[3]). C’est ainsi que sont créées des associations telles que Village Vacances Famille (VVF) en 1956 ou Loisirs Vacances Tourisme (LVT) en 1974.

 

 

"Le prix de la neige", CFDT Magazine n° 12, décembre 1977

 

 

Néanmoins, comme il est indiqué dans l’article, « le tourisme social contribue pour 4 % au départ des français en vacances de neige. Les crédits publics qui lui sont consacrés sont cinq fois inférieurs à ceux du tourisme commercial ». C’est pourquoi le journaliste, philosophe, invite le lecteur à s’éloigner des destinations à la mode et à pratiquer le « ski-balade » dans l’arrière-pays, effectuant un parallèle avec l’estivant qui abandonne « les plages pour l’intérieur du pays ». Une manière de critiquer l’effet de mode des grandes stations et de favoriser la redécouverte de lieux plus anonymes, tout en démontrant l’engagement de la CFDT pour une politique universelle des loisirs.

 

 

Pour aller plus loin

 

  • « André Varrot, travailleur de la neige » (article sur les saisonniers de Courchevel), CFDT Magazine, mars 1976.
  • CH/8/1673-CH/8/1682 : Politique confédérale sur les vacances, les loisirs et le tourisme social (1980-1988)
  • CP/28/11-CP/28/15 : Archives d’Edmond Maire. –Activités professionnelles à Villages vacances familles (1988-2010)
  • FE/1/542 : Fédération des services, suivi de la branche tourisme, hôtellerie, restauration. -Tourisme social (1972-1996)
 

[1] Source : THIERY Patrick, « Les sports d’hivers : pratiques et pratiquants », Stats-Info n° 06-06, août 2006 (http://www.sports.gouv.fr/IMG/archives/pdf/STAT-Info_n_06-06.pdf)

[2] Source : PERROT Marguerite, « Les salaires d’octobre 1976 à octobre 1977 » Economie et Statistique n° 96 pp. 55-64 (https://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1978_num_96_1_3097)

[3] Expérimentées en 1950 à l’instigation d’une institutrice parisienne, les classe de neige sont officiellement lancées par l’Education Nationale en 1953. Leur but, par le biais du milieu scolaire, est d’offrir aux enfants l’opportunité de partir en vacances à la montagne à moindre coût.

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