Document du moment : La Travailleuse (1913-1936)
Le 18/03/2020 à 16h24 par Nicolas Perrais
Résumé

Journal mensuel publié de 1913 à 1936, La Travailleuse est le témoin d'une des originalités du syndicalisme chrétien à ses débuts : la création de syndicats exclusivement féminins.

La création de syndicats exclusivement féminins est une des originalités du syndicalisme chrétien à ses débuts. Ils apparaissent dès 1899[1], notamment à Lyon et à Voiron (tissage et aiguille), à Grenoble (ganterie) et à Paris (employées). Cette existence a permis très tôt la prise en compte de réalités et la défense du travail des femmes.

 

C’est en février 1913, avant même le début du premier conflit mondial, que débute la publication de La Travailleuse (février 1913-novembre 1936). Journal mensuel, il fédère et relaie l’information sociale et syndicale spécifiques aux femmes, que ne semblent pas encore prendre en compte les syndicats traditionnels très majoritairement masculins. La Travailleuse est d’abord publiée au nom des intérêts professionnels féminins, puis à partir de 1922, de la Fédération française des unions des syndicats professionnels féminins fondée en 1918.

 

 

Une de La Travailleuse, n°1, février 1913. Archives CFDT, CJ/3/1

 

 

En 1919, à la constitution de la CFTC, l’ensemble de ces syndicats féminins adhèrent à la nouvelle confédération. Toutefois, les femmes syndiquées restent majoritairement célibataires, puisqu’il faut attendre 1920 pour qu’une femme mariée puisse adhérer à un syndicat sans l’autorisation maritale.

 

L’intégration des sujets spécifiquement féminins dans les revendications de la CFTC s’accroit au cours des années 1930, quand l’autonomie et la représentation des femmes dans les instances dirigeantes leur permet de participer à la politique revendicative de l’organisation. Madeleine Tribolati, élue en 1935 au Conseil de la Fédération des employés collabore à la rédaction de plusieurs articles pour La Travailleuse, ainsi qu’à Syndicalisme, publication confédérale de diffusion d’informations depuis janvier 1936[2]. En 1935, dans une série d’articles parus dans La Travailleuse, elle cherche « à définir la position des syndicats féminins chrétiens sur la question du travail des femmes et, plus particulièrement, du travail des femmes mariées » [3], à une époque où le consentement marital continue d’entraver l’émancipation des femmes.

 

C’est également en 1935 qu’une commission féminine confédérale est créée sous la direction de Marie-Louise Danguy. Membre du bureau confédéral (1920-1940, 1944-1947) et secrétaire générale adjointe de la CFTC (1945-1947), elle participe aux discussions de tous les congrès confédéraux, défendant avec force l’originalité des syndicats féminins.

 

 

Une de La Travailleuse, n°186, mai 1936. Archives CFDT.

 

 

La période qui suit les grèves de mai-juin 1936 et l’avènement du Front populaire connaît une extension du système des conventions collectives, reconnues par la loi du 24 juin 1936, et accompagne l’expansion du syndicalisme. En 1938, les syndicats féminins comptabilisent 85 489 membres[4]. Toutefois, « il semble que ces évènements aient provoqué une conscience de classe ouvrière et que le maintien d’une structuration séparée [hommes-femmes] apparaisse obsolète, l’heure est au regroupement »[5]. Dès novembre 1936, cinq mois après la signature des Accords de Matignon, La Travailleuse cesse d’être publiée.

 

L’entrée en Résistance des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale accentue l’aspect suranné et anachronique d’une séparation genrée des syndicats chrétiens à la Libération. Lorsque le Bureau confédéral provisoire de la CFTC se réuni la première fois pour organiser la remise en route de l’organisation, il décide dans une circulaire datée du 10 septembre 1944, la fusion des syndicats masculins et féminins et que « désormais, la seule formule admise par les organisations syndicales chrétiennes soit celles du syndicat mixte »[6]. Pour autant, le combat de la CFTC puis de la CFDT en faveur de l’émancipation des femmes ne fait alors que commencer.

 

 

Pour aller plus loin

 

  • Journal mensuel La Travailleuse (février 1913-novembre 1936). CJ/3/1-CJ/3/23
  • BATAILLER Stéphanie, La Commission féminine confédérale de la CFDT (CFTC) dans les années 60 : pour une synthèse entre lutte de classe et lutte de sexe. Mémoire de maîtrise, sous la direction de Michel Dreyfus, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne ; Centre de recherche d'histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme, 1997, 266 p. BT/1/169.
  • CHABOT Joceline, Le syndicalisme féminin chrétien en France de 1899 à 1944 : Pratiques et discours d'une culture féminine. Thèse soutenue sous la direction de Madeleine Rébérioux, Université Paris VIII Vincennes Saint-Denis, 1998, 640 p. BT/1/178-179.
  • DANGUY Marie-Louise, Les femmes et l'action syndicale, Éditions de la CFTC, 1946, 20 p. BT/1/19.
  • TROISGROS Simone, « L’action syndicale et la femme », in La revue du militant Formation n°8, sept-oct. 1948. CJ/12/2.

 

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