Procès-verbaux de la société coopérative du SECI, 1907-1927
Le 23/04/2019 à 16h03 par M. Mougel
Résumé

Fondé à Paris le 13 septembre 1887, le Syndicat des employés du commerce et de l'industrie (SECI) est l'un premier syndicat chrétien français, à l’origine de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC).

Registre des procès-verbaux de la société coopérative du SECI, 1907-1927 (CH/2/31)

Crédit : Anne Bruel

 

 

Présentation du contexte

 

La mission du SECI est ainsi définie dans le premier Bulletin du Syndicat des employés du commerce et de l'industrie de novembre 1890 : « [Il est un] instrument de la sécurité dans l’emploi, de l’aisance dans la famille, de l’élévation dans la position sociale »[1].

 

Au-delà de la défense des intérêts professionnels, le syndicat doit permettre au travailleur et à sa famille de vivre mieux. C’est ainsi que, dès 1888, le SECI met en place une société de secours mutuel centrée sur l’aide médicale. Ce système sera refondu et transformé en société coopérative de consommation, en 1907, avec le but « de permettre aux syndiqués et à leur familles de mieux vivre en dépensant moins » [2]. À partir de 1919, la coopérative de consommation « étend ses services aux membres des différents syndicats appartenant à la Confédération française des travailleurs chrétiens ». Concrètement, son action contre la vie chère prend plusieurs formes :

  • Achat direct avec remise chez les fournisseurs agréés par le syndicat (l’acheteur obtient une facture qui est ensuite adressée au siège social, qui déduit la remise et transmet la somme correspondante au syndiqué). La société coopérative diffuse chaque année un annuaire des commerçants partenaires.
  • Achats d’articles vendus au siège social de la Société coopérative (d’abord au 14 bis, Boulevard Poissonnière, puis à partir de 1914, au 5, rue Cadet) et vendus à des tarifs préférentiels.
  • Aux côtés des « rayons de ventes », il existe également deux autres services d’achat : le service des achats en commun permettant aux militants, en groupant les commandes de certaines denrées (charbon, pommes de terre, vin…), d’acheter en grandes quantités et d’obtenir un meilleur prix. Le service des achats en fabrique et maison de gros fonctionne sur le même principe, mais pour les produits manufacturés (meubles, vêtements…).

 

Cette activité coopérative est complétée par d’autres actions menées au niveau du SECI : restaurant proposant des repas complets à bas prix (240 repas par jour en 1907, au prix de 1 Fr 15), ainsi qu’une « villégiature syndicale », permettant aux militants et à leurs familles de partir en vacances dans des pensions bon marché, à une époque où les congés payés n’existent pas encore.

 

Le SECI compte par ailleurs d’autres formes de services à destination de ses adhérents ; il existe ainsi une société de secours mutuel[3], la Fraternité commerciale et industrielle, qui propose une aide médicale (accès à un médecin, médicaments gratuits, indemnité journalière en cas de maladie…), tandis que la « caisse de secours et de prêt gratuit » vient en aide aux syndiqués ayant perdu leur emploi (préfigurant ainsi, l’assurance chômage créée en 1958). Plus étonnant, « une Commission des soldats, complétée par une société d’instruction militaire », qui met en relation les syndiqués chrétiens durant la période de service, entretient les liens de « camaraderie » et leur assure un emploi à leur retour. [4]

 

 

Présentation du document

 

 

Procès-verbal de l'assemblée générale constitutive de la société coopérative, 30 avril 1907 (CH/2/31)

Crédit : Anne Bruel

 

Le document présenté ici est le premier registre des procès-verbaux des assemblées générales de la société coopérative du SECI, de sa création jusqu’en 1927. À l’occasion de ces réunions, les membres étudient les comptes de la société et votent les dispositions financières. C’est ainsi que la structure a pu, par le biais d’un emprunt auprès des militants, financer l’achat, en 1914, d’un immeuble au 5 rue Cadet, afin d’accueillir les services du syndicat et de la Société coopérative[5]. Au-delà des chiffres, ces textes donnent de précieux renseignements sur le coût de la vie et sur l’impact des évènements politiques, économiques et sociaux du début du XXe siècle.

 

 

Procès-verbal de l'assemblée générale constitutive de la société coopérative, 30 avril 1907 (CH/2/31)

Crédit : Anne Bruel

 

 

Procès-verbal de l'assemblée générale constitutive de la société coopérative, 30 avril 1907 (CH/2/31)

Crédit : Anne Bruel

 

 

Lors de l’assemblée du 16 mars 1915, les membres présents ne peuvent que constater l’horreur de la guerre tout en soulignant l’importance de maintenir la mission de solidarité de la coopérative. Ils proposent ainsi d’augmenter le nombre de repas servis par le restaurant, tout en majorant le moins possible ses tarifs. Chose que la coopérative parvient à réaliser, malgré la raréfaction des denrées. Elle apporte ainsi un soutien non négligeable à la population confrontée aux restrictions et aux destructions. De même, elle entend assurer le ravitaillement en produits de premières nécessité dans son épicerie, particulièrement en ce qui concerne le chauffage.

 

 

Vue de la salle du restaurant coopératif du SECI, rue Cadet, à Paris, lors d'un déjeuner ; tirage papier collé sur support cartonné, [ca 1916-1936]. (CK/4/17)

DR/Coll. Archives CFDT

 

 

La société coopérative du SECI perdure sous d’autres formes dans les décennies qui suivent : elle devient Société auxiliaire des employés de commerce et d’industrie (SAECI), dont une partie des actions est cédée à la Confédération. Elle gère alors les immeubles de la rue Cadet ainsi qu’une librairie et un bar. La SAECI devient en 1968 la Société auxiliaire des travailleurs (SATRAV)[6]. Elle abandonne dès lors ses activités de coopérative d’épicerie et ferme son bar, ne gardant plus que son activité de librairie.

 

 

Pour aller plus loin

 

[1] Cité par ZIRNHELD Jules, « Le syndicat des employés de commerce et de l’industrie », in Les questions actuelles, 21e année : Tome XCVI ; n° 8 : 9 mai 1908. (CP/32/8).

[2] Union des syndicats féminins CFTC de la région parisienne, Annuaire 1938-1939 donnant la liste des fournisseurs, l’organisation et les services de la société coopérative du Syndicat des employés du commerce et de l’industrie, brochure, [1938], 48 p. (Bibliothèque des Archives de la CFDT).

[3] Apparues au XVIIIe siècle, les sociétés de secours mutuel sont l’ancêtre des mutuelles actuelles : elles pratiquent l'entraide entre les adhérents pour réduire l'impact des problèmes de la vie (comme la maladie, l'infirmité, les accidents, le chômage, le décès ou, plus marginalement, la retraite).

[4] ZIRNHELD Jules, op. cit.

[5] Cet immeuble accueillera également, à partir de 1919, le siège de la CFTC.

[6] Source : procès-verbal de l’assemblée générale extraordinaire du 10 juillet 1968 (CH/7/754).

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