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  • Le Mai 68 de la CFDT

Le Mai 68 de la CFDT

Par cette exposition, la CFDT a souhaité raconter le Mai 1968 des travailleurs. Elle a été la première organisation syndicale à soutenir le mouvement étudiant et à l'élargir au monde ouvrier. Son impact a été déterminant pour
de nombreux militants et plusieurs propositions de la CFDT apparaissent et se concrétisent dans cette période.
Les documents d'archives présentés ici en sont le témoignage.

Nombreuses aussi sont les propositions actuelles de la CFDT que l'on peut mettre en miroir du bouillonnement
de l'époque. Il parait donc important de donner une lecture syndicale de Mai 1968, de l'inscrire dans la modernité constante de la CFDT, en regard des enjeux d'aujourd'hui, et de permettre aux militants de s'emparer de cette vision dans une période où des lectures caricaturales commencent à fleurir. 

Bon parcours !

Aux origines de Mai 68

Prégnance d'un vieux monde

Depuis la sortie de la Seconde Guerre mondiale, la France est au cœur des Trente Glorieuses, la situation économique favorable est renforcée par un taux de natalité élevé, stimulé par les politiques de reconstruction du pays, notamment en matière de logement et d’industrie. En 1968, la Ve République est présidée par le général de Gaulle depuis dix ans. 
En dépit d’une stabilisation puis d’un élan visant à conforter le régime nouveau, le gaullisme politique se décline dans les Trente Glorieuses sans considérer de près l’évolution de la société. Les conditions de travail dans les usines sont très dures. Pour la CFDT, la question des conditions de travail, la remise en cause de l’organisation du travail et la reconnaissance du fait syndical dans l’entreprise sont déjà des préoccupations majeures. 
Enfin, les années 1950-1960 sont marquées par les nombreux conflits liés à la décolonisation, touchant différentes parties du monde, à l’image de la guerre en Indochine ou de la guerre d’Algérie.


4e. « Enfin ma 4e semaine de vacances ! ». Il l'aura avec la CFTC. / [non identifié].- Paris : CFTC, [1964] (Le Mans : Imprimerie spéciale de « Syndicalisme », 28-30 place de l'Éperon). - affiche couleur ; 27 x 21 cm. CFI/5/41.
Droits réservés / Coll. Archives CFDT


34e congrès CFDT. Issy-les-Moulineaux 9-12 nov. 1967. / Hug [illustrateur]. – Paris : CFDT, 1967 (Metz : EST-Imprimerie).– affiche couleur ; 53 x 30 cm.

CFI/6/105

Hug / Coll. Archives CFDT


Syndicalisme, 22 octobre 1966, n°1107. CF/1/11

Coll. Archives CFDT

Besoin d'air !

Dans les années d'après Seconde Guerre mondiale, on assiste à une véritable croissance démographique et la société découvre l’ivresse de la consommation. La croissance oscille autour de 5% et le chômage est quasi nul. La classe moyenne rêve de liberté mais la législation et les mentalités sont à la traîne. Les adolescents ont développé d’autres aspirations que leurs aînés. De même, la femme se trouve affranchie de son mari : après l’obtention du droit de vote (1944), la voici en capacité civile d’ouvrir un compte en banque à son nom, et de travailler sans autorisation de son conjoint (1965). Ainsi, le modèle de la cellule familiale traditionnelle commence à changer : augmentation des divorces, de la monoparentalité, baisse du nombre de mariages. Et depuis 1967, la pilule est autorisée. C’est dans ce contexte que la question étudiante apparaît : on passe de 244 000 à 500 000 étudiants entre 1961 et 1967. Dès lors, on comprend que la jeune génération ait un sentiment d’étouffement et une soif de changement.
Dans le milieu syndical émerge déjà la volonté de poser des revendications qui portent sur le travail, le droit syndical, la liberté d’expression, la place des immigrés et celle des femmes.


Syndicalisme magazine, juin 1967, n°1137. CF/1/12

Droits réservés / Coll. Archives CFDT


La CFTC lutte en faveur des travailleurs les plus défavorisés... / [non identifié]. - Paris : CFTC, novembre 1963 (Le Mans : Imprimerie Commerciale, 6 rue Gambetta). - affiche couleur ; 59,5 x 39,5 cm. CFI/5/39

Droits réservés / Coll. Archives CFDT


Syndicalisme magazine, février 1968, n°1172. CF/1/13.

Atelier Visconti / Coll. Archives CFDT

En 1967, déjà...


L'emploi : un droit pour tous. / [non identifié]. - Paris : CFDT, [ca 1964-1976] (s.l. : s.n.). - affiche couleur ; 24,5 x 35,5 cm. CFI/6/31.

Date d'après le logo ; le logo devient uniforme à partir de 1976.

Droits réservés / Coll. Archives CFDT

Les Trente Glorieuses sont à leur apogée mais l’inquiétude pour l’emploi commence à émerger dans les secteurs industriels traditionnels. L’année 1967 connait un pic de grèves et de conflits, parfois avec des occupations d’usines. La CFDT et la CGT, qui ont conclu un accord d’unité d’action en 1966, organisent une journée nationale d’action, puis une journée de grève le 17 mai 1967. Des conflits de longue durée se déroulent tout au long de l’année : à Saint-Nazaire aux Chantiers de l’Atlantique, à la Rhodiaceta à Besançon chez Berliet à Vénissieux. En avril, les mines et la sidérurgie de Lorraine sont également en grève. Début mai 1967, le gouvernement rend publiques les ordonnances sur la Sécurité sociale qui provoquent de nombreux mouvements de mécontentement, en particulier la semaine d’action du 9 au 14 octobre. 

La CFDT tient son 34e congrès au mois de novembre. Dans la résolution on peut déjà y lire sa volonté de changement : « tout en distinguant rigoureusement ses responsabilités de celles des partis politiques, le syndicalisme contribue, par sa pensée et son action, à susciter les conditions favorables à l’élaboration et à la création de structures politiques nouvelles ».

Abattre les murs

La révolte étudiante

Début 1968, la faculté de Nanterre, et tout particulièrement les sections de sociologie et psychologie, est devenue un foyer de contestation d’extrême gauche, prônant la lutte anticapitaliste. On y trouve des courants marxistes, anarchistes, trotskystes… Les étudiants décident d’occuper l’administration dans la nuit du 22 mars. Parmi eux, Daniel Cohn-Bendit, devient un leader du Mouvement du 22 mars. Le mouvement étudiant est réprimé par la police de façon très violente et prend de l’ampleur en dehors de l’université. L’analyse du SGEN-CFDT explique les tensions dans l’université par « la carence gouvernementale, l’insuffisance des crédits des locaux… l’absence d’une formation et d’une orientation professionnelle ». La répression policière, dans la nuit du 10 au 11 mai, a toutefois vaincu les réticences que certaines initiatives des étudiants avaient pu susciter. Le parti pris du gouvernement d’une escalade de la violence enclenche un soutien fort et solidaire aux étudiants. Le parti communiste, lui, s’oppose tout d’abord aux étudiants qu’il qualifie de « faux révolutionnaires », ce qui influera sur l’attitude de la CGT.


600 000 jeunes à la porte des usines, bureaux... / [non identifié]. – Paris : CFDT, [ca 1964-1976] (s.l. : Imp. Lisa). – affiche couleur ; 44 x 34,5 cm. CFI/6/63.

Date d’après le logo ; le logo CFDT devient uniforme à partir de mars 1976.

Du soutien du mouvement étudiant...


Conférence de presse UNEF/CFDT, Paris, le 20 mai 1968.
De gauche à droite : Jacques Sauvageot (UNEF), André Jeanson et Eugène Descamps (CFDT). CE/6/1968/12761.
Droits réservés / Coll. Archives CFDT
Solidaire des étudiants dès le début mai, la CFDT soutient l’UNEF, dont elle ne partage pas tous les positionnements mais qui lui apparaît pourtant comme le seul moyen de contenir les groupuscules. 
A la suite de manifestations de grande ampleur  interdites par la police, la répression s’abat sur les étudiants. Le 11 mai, la CFDT rencontre la CGT en vue d’une grève générale de soutien sur les mots d’ordre « L’amnistie de tous les militants condamnés ; les libertés syndicales et politiques et notamment celle de l’information ; pour une université démocratique par la réforme de l’enseignement au service des travailleurs ; pour le plein emploi et la transformation du système économique par et pour le peuple ». 
La grève du 13 mai, lancée par la CFDT, la CGT, FO, la FEN et la CGC est particulièrement suivie. Les défilés rassemblent 200 000 à un million de personnes à Paris, selon les estimations, et un million dans d'autres villes de province aux cris de « 10 ans ça suffit ». A l’issue de la journée, la CFDT appelle les travailleurs à discuter, à s’organiser et à agir sur tous les lieux de travail. André Jeanson, président de la CFDT, écrira que « cette journée a montré l’identité du combat des étudiants et des travailleurs » : c’est un combat pour la démocratie et pour une autre société.


Communiqué de presse confédéral, le 6 mai 1968. CH/7/63.
Coll. Archives CFDT


Tract appelant à manifester le 13 mai 1968. CF/24/1.
Coll. Archives CFDT

...À la grève générale

La vitalité du mouvement en province est importante, avec une volonté assumée par la CFDT dont les organisations départementales et régionales s’impliquent dans le mouvement. La journée de grève du 13 mai a été largement suivie dans les secteurs publics et nationalisés. Elle est particulièrement dure à Lyon où tous les lycées sont fermés, avec 35 000 manifestants. Ils sont 30 000 à Bordeaux, 15 000 à Nantes, 40 000 à Toulouse. Les grèves avec occupations d’usines se multiplient aussi : Sud-Aviation à Nantes le 14 mai, Renault à Cléon le 15 mai, puis à Flins, au Mans, à Sandouville et à Orléans. Le général de Gaulle, qui n’a pas pris la mesure de la crise, est alors en voyage officiel en Roumanie… Il n’annule d’ailleurs pas non plus les déjeuners officiels prévus la semaine suivante. Pendant ce temps, toute la France est en grève : le pays compte près de dix millions de grévistes le 22 mai. Le bras de fer a commencé entre le gouvernement et les ouvriers.


Communiqué de presse du Bureau confédéral CFDT, le 22 mai 1968. CH/7/63
Coll. Archives CFDT

Changer le pouvoir

Construire demain dans les luttes d'aujourd'hui

Dès le 13 mai 1968, la CFDT remet en cause la hiérarchie des pouvoirs en prônant l’accroissement du pouvoir syndical dans l’entreprise, elle demande la reconnaissance des sections syndicales d’entreprise, le libre exercice du droit de grève, le droit de discussion et d’information. Elle souhaite aussi remettre en cause la hiérarchie des salaires et obtenir un certain niveau de salaire chez les « oubliés de l’expansion » (travailleurs de zones peu industrialisés, femmes, immigrés, etc.). La CFDT exige aussi l’abrogation des ordonnances de 1967 qui ont notamment supprimé les élections à la Sécurité sociale et demande la mise en œuvre d’une véritable politique de santé. Elle demande enfin une politique du pouvoir d’achat et de plein emploi avec la réduction progressive à 40 heures de la durée du travail réelle.

Ainsi, la CFDT revendique « une plus grande démocratie à tous les niveaux, c’est à dire l’autogestion ». Au-delà de la terminologie, l’aspiration à l’émancipation exprimée par la CFDT est une constante. Le mouvement de mai ne se réduit pas à de simples revendications : c’est une « remise en cause des structures politiques, économiques et sociales de la société » voire une révolution culturelle pour Albert Détraz, membre du Bureau confédéral.


Télé-Soir non. CFDT  Syndicalisme oui / [non identifié]. – Paris : CFDT, [1968] (s.l. : s.n.). – affiche couleur ; 84x59,5 cm. CFI/6/109
Droits réservés / Coll. Archives CFDT

Négociations de Grenelle :
le pouvoir syndicale comme préalable


Délégués syndicaux dans la salle des négociations entre le gouvernement, le patronat et les syndicats. Paris, le 26 mai 1968. CE/6/1968/1000
Keystone, droits réservés / Coll. Archives CFDT

Des discussions s’ouvrent avec le patronat et le gouvernement, le 25 mai, au siège du ministère du Travail, rue de Grenelle, sous la présidence du Premier ministre Georges Pompidou. Font partie de la délégation CFDT, menée par son secrétaire général Eugène Descamps : René Bonety, Jean Maire, Paul Caspard, François Lagandré, René Mathevet. 

Le communiqué confédéral du 18 mai représente un véritable mandat pour ces négociations et la fermeté de la CFDT permet que des engagements soient obtenus concernant le droit syndical, l’emploi et les négociations par branche. On arrive au constat suivant le 27 mai 1968 : le SMIG est augmenté de 35%, la réduction du temps de travail est admise, le principe de la section syndicale d’entreprise est acquis. Néanmoins, la CFDT n’est pas satisfaite et repousse ce constat jugé insuffisant. Le refus des travailleurs place le gouvernement dans une situation très difficile. La crise politique et sociale s’aggrave tandis que le mouvement de grève se durcit le 28 mai. Le départ du président le 29 mai provoque la panique au sein de la majorité.


Communiqué de presse confédéral, le 27 mai 1968 (page 1/2). CG/7/63.
Coll. Archives CFDT


Communiqué de presse confédéral, le 27 mai 1968 (page 2/2). CG/7/63.
Coll. Archives CFDT

La CFDT face à un pouvoir chancelant


CFDT Syndicalisme, 6 juillet 1968, n° 1195. CF/1/13
P. Colombert / Coll. Archives CFDT
Le mouvement populaire ne trouve pas de prolongement politique à ses aspirations. Les forces politiques, tant traditionnelles que nouvelles, ne sont pas prêtes à assumer les responsabilités d’une rupture. L’absence d’interlocuteur et la pression de la gauche communiste incitent la CFDT à lancer le 29 mai un appel à Mendès-France, seul capable aux yeux d’Eugène Descamps d’assurer la transition démocratique. Le même jour, Frédo Krumnow, secrétaire général de la fédération Hacuitex, intervient au meeting du stade Charléty. 
Mais le président de la République revient en force et renverse la situation. L’Assemblée nationale est dissoute. Le général de Gaulle polarise l’opinion dans un duel avec « le communisme totalitaire » et une grande manifestation est organisée par le parti gaulliste le 30 mai. Une part de la population manifeste un rejet des violences et une peur des désordres. C’est ainsi que les élections législatives de la fin du mois de juin voient un retour triomphant des députés gaullistes… 
La CFDT s’efforce, non sans succès, de s’appuyer sur le rapport de forces pour obtenir des négociations dans les branches et dans le secteur public pas concerné par le constat de Grenelle.


Manifestation gaulliste descendant les Champs-Élysées vue depuis l'Arc de triomphe. Paris, le 30 mai 1968. CE/6/1968/1064.
AFP, droits réservés / Coll. Archives CFDT

Acteurs dans l'entreprise

De la reconnaissance de la section syndicale...

À partir du milieu des années 1960, l’accent est mis par la CFDT sur le rôle de la section syndicale vis-à-vis de l’ensemble des travailleurs de l’entreprise. Cette mise en œuvre de la démocratie ouvrière, consultation des travailleurs sur les moyens d’action, sur les résultats des négociations ne fait pas pour autant négliger la démocratie syndicale. Mai 1968 renforce le mouvement. 

Même si le constat à l’issue des discussions de Grenelle n’a pas été signé, il engage le gouvernement sur certains points et sert de base aux négociations futures : la liberté syndicale est garantie (loi du 27 décembre 1968), tout comme la protection des délégués et le droit à un local au sein même de l’entreprise. Ainsi, la loi reconnait la section syndicale, prévoit la désignation de délégués syndicaux et les moyens d’action de la section dans les entreprises de plus de 50 salariés. 

De nombreuses sections syndicales sont créées dans la foulée des événements, parfois même dans des entreprises ou des usines qui n’ont pas connu la grève.


Délégation CFDT reçue à Matignon, le 30 août 1968. De gauche à droite : René Decaillon, Edmond Maire, André jeanson, Eugène Descamps, Marcel Gonin. CE/6/1968/8839
E. Lamy, ADNP / Coll. Archives CFDT


Avec la CFDT et par l'action. Démocratie dans l'entreprise / [non identifié]. - Paris : Union régionale parisienne CFDT, avril 1968 (Liévin : Imprimerie Artésienne). -  affichette texte ; 38x28 cm. CFI/7/13
Droits réservés / Coll. Archives CFDT


La liberté se prend... / [non identifié]. – Paris : CFDT, 1970 (s.l. : s.n.). – 1 affichette couleur ; 29x21 cm. CFI/6/123
Droits réservés / Coll. Archives CFDT

...À la représentation et la négociation collective

Par la suite, les lois Auroux confirmeront cette volonté de dialogue social, portée par la CFDT. Inscrites dans le programme du candidat Mitterrand aux élections présidentielles de 1981, elles trouvent en partie leur source dans les événements de Mai 1968. A l’automne 1981, Jean Auroux, ministre du Travail, rend public un rapport sur les droits nouveaux des travailleurs, qui constituera la trame des lois Auroux de 1982. Ce rapport puise largement dans les idées de la CFDT : droit d’expression des travailleurs, obligation de négocier dans l’entreprise. Votées en 1982, les quatre lois se concentrent sur les libertés dans l’entreprise (loi du 4 août 1982), le développement des institutions représentatives du personnel (loi du 28 octobre 1982), la négociation collective et le règlement des conflits collectifs au travail (loi du 13 novembre 1982), les comités d’hygiène, de sécurité et les conditions de travail (loi du 23 décembre 1982). Ces lois actent l’extension de la citoyenneté à la sphère de l’entreprise et les possibles initiatives individuelles et collectives dans le droit du travail.


Délégation CFDT, menée par Edmond Maire, reçue par Jean Auroux, 4 juin 1981. CE/6/1981/3699
Jean Pottier / Coll. Archives CFDT


Supplément à Syndicalisme hebdo, 16 mai 1968, n° 1188. CF/1/13
Coll. Archives CFDT


CFDT Magazine, octobre 1977, n° 10. CF/2/2
Coll. Archives CFDT

C'est au boulot que ça se passe !


On ne demeure libre... / non daté.
Droits réservés / Coll. privée
Le travail, par son contenu, son organisation, ses évolutions technologiques actuelles et à venir, son articulation avec la vie personnelle des salariés constitue un élément structurant de la société d’aujourd’hui et de demain. 
C’est ainsi que la CFDT, au-delà des pratiques d’enquêtes d’entreprise et d’administration, a donné la parole aux salariés dans l’enquête Parlons travail publiée en 2017 et en tire des revendications. Par exemple, sur les aspirations de qualité de vie au travail et d’espace d’expression pour les salariés, sur les aspirations à un meilleur partage du pouvoir. 74% des répondants ont déclaré qu’ils préféraient plus d’autonomie à plus d’encadrement. 
Ainsi, l’émancipation, tant individuelle que collective, est bien pour la CFDT un droit inaliénable : « L’action de la confédération est porteuse de valeurs : l’émancipation individuelle et collective : reconnaissant à chacun la capacité à se prendre en charge et à agir ensemble, […] La démocratie : les femmes et les hommes doivent avoir prise sur leur vie, du lieu de travail à la gouvernance mondiale. » (article 1er des statuts de la CFDT).


Avec les CE...Pour la liberté d'expression / [non identifié]. – Paris : CFDT, [ca 1964-1976] (s.l. : s.n.). – affiche couleur ; 48.5 x 34 cm. CFI/6/88
Droits réservés / Coll. Archives CFDT


Le progrès technique doit profiter aux travailleurs... / Stou (illustrateur). - Paris : Fédération PTT CFDT, (non daté). - 1 affiche couleur.
Stou / Coll. privée

Autogestion, Autonomie, Autodétermination

L'émancipation au coeur

Avec Mai 1968, les relations entre les salariés et la hiérarchie ont profondément changé : premières brèches dans un certain militarisme des rapports, assouplissement des relations, libération de la parole. Pour Edmond Maire, Mai 1968 est l’expression, dans les entreprises, d’un refus des rapports hiérarchiques et du caractère sacré du commandement de plus en plus insupportable. 
La CFDT a perçu les événements comme une remise en cause des relations de pouvoir dans l’entreprise comme dans la société. Cela se traduit dans la mise en avant de l’autogestion, terme employé dès le communiqué du 16 mai. Cette aspiration est précisée tout au long des années 1970. Pour beaucoup, se situer dans cette perspective consiste d’abord à revendiquer un accroissement du pouvoir syndical. Le congrès confédéral de 1970 est la concrétisation de cette orientation, mise en oeuvre en 1973 dans le conflit LIP.


Inscription sur un mur de Paris, mai 1968. CE/6/1968/958
André Bugat / Coll. Archives CFDT


Mai-juin 68, quand les travailleurs écrivent leur histoire
Bande dessinée de Laville publiée dans CFDT Magazine, mai 1978, n° 17. CF/2/2 Laville / Coll. Archives CFDT


Mai-juin 68, quand les travailleurs écrivent leur histoire
Bande dessinée de Laville publiée dans CFDT Magazine, mai 1978, n° 17. CF/2/2 Laville / Coll. Archives CFDT

Lip et le souffle de Mai 68


Grévistes de Lip installant une bannière dans la cour de l'usine, à Besançon (Doub), 1973. CE/6/4467
Jean-Marc Simonet / Coll. Archives CFDT
L’entreprise LIP, spécialisée dans la fabrication de montres mécaniques, voit poindre les difficultés dans les années 1960, avec la concurrence des montres électroniques. En juin 1973, les salariés découvrent le projet de fermeture du site et de licenciement de 480 salariés. Majoritairement syndiqués à la CFDT, les ouvriers décident d’occuper l’usine et de réquisitionner un stock de 45 000 montres. La production est remise en route par les travailleurs avec le slogan « On fabrique, on vend, on se paie, c’est possible ». Après l’évacuation musclée de l’usine, un grand mouvement de solidarité se fait jour. Plus de 100 000 manifestants participent à la marche des LIP le 29 septembre à Besançon. Le conflit, emblématique de l’autogestion dure jusqu’en janvier 1974.


Assemblée générale des travailleurs grévistes de LIP à Besançon le 24 août 1973. CE/6/4498
Jean-Pierre Danain / Coll. Archives CFDT

Vers une codétermination à la française

En mars 2017, la CFDT est devenue première organisation syndicale dans le privé. Aujourd’hui, elle souhaite redonner du sens au travail et leur place aux travailleuses et aux travailleurs. Elle propose de repenser l’équilibre des pouvoirs dans l’entreprise et d'aller vers une codétermination à la française, qui permettrai un partage du pouvoir et une gouvernance plus coopérative. 
Le renforcement de la représentation et de la participation des travailleurs dans l’entreprise peut s'entendre par deux moyens : la représentation des salariés dans les organes de gouvernance, d’une part, et le renforcement des droits des représentants du personnel, d’autre part.


Ne pas perdre sa vie à la gagner / Patrick Massonnat [illustrateur]. – Paris : CFDT, [ca 1976-1988] (Paris : Atelier Montholon-Services). – 1 affiche couleur ; 50,5x29 cm.Patrick Massonat / Coll Archives CFDT

Solidarité, Émancipation

Un homme sur deux est une femme


Jeannette Laot. non daté. CEL/1/7298
Droits réservés / Coll. Archives CFDT
Au début des années 1960, la réflexion sur les phénomènes de pouvoir amène la CFDT à remettre en cause les rapports entre les femmes et les hommes. La commission féminine, représentée par Simone Troisgros et Jeannette Laot, pose la mesure de la situation des travailleuses et de leurs revendications. Mai 1968 est un signal fort de ce point de vue. Néanmoins, les femmes ne semblent  pas avoir « profité » des événements pour s’émanciper. Il faut attendre le courant des années 1970 pour que la législation évolue : passage de la puissance paternelle à l’autorité parentale, amélioration de la position des femmes face au divorce et reconnaissance des droits à la contraception et à l’IVG. Autant d’étapes importantes vers l’égalité entre les femmes et les hommes.


Simone Troisgros. non daté. CET/1/8136
Droits réservés / Coll. Archives CFDT


Nous vivrons ce que nous changerons... / [non identifié]. – Paris : CFDT, [1975] (S.l. : Typofset). – affiche couleur ; 77x58,5 cm. CFI/6/213
Droits réservés / Coll. Archives CFDT


Les revendications de la CFDT concernant particulièrement es travailleuses / CFDT Magazine, novembre 1973, n° 1467. CF/1/18
Coll. Archives CFDT

Français, immigrés, même combat

En Mai 1968, le syndicat Renault des travailleurs de l’automobile réclame pour les travailleurs immigrés de l’usine de Billancourt, la suppression des contrats provisoires, le droit à l’alphabétisation et la fin des discriminations dans les carrières. Par la suite, la CFDT lutte pour l’accès des immigrés à la reconnaissance de leurs droits civiques et politiques. Elle demande l’ouverture des droits syndicaux dans l’entreprise pour tous les travailleurs étrangers, qu’elle obtient en 1975. 

Les luttes des travailleurs immigrés se développent, souvent animées par la CFDT, aussi bien au sujet de leurs droits et de leur formation que sur leurs conditions de logement et de vie. La CFDT est ainsi engagée dans le soutien aux immigrés logés dans les foyers gérés par la Sonacotra, regroupant 70 000 travailleurs. Les conditions d’hébergement sont indignes et rudimentaires. C’est pourquoi entre 1975 et 1980, les résidents lancent une grève des loyers, soutenue par les structures locales de la CFDT. 

En 1983, la CFDT accompagne symboliquement l’arrivée de la marche nationale contre le racisme et pour l’égalité des droits. Elle débouche sur la création d’une carte de séjour de dix ans renouvelable de plein droit. Cette revendication du congrès confédéral de 1973 devient un appui pour sortir de la précarité et mener l’action syndicale des salariés étrangers.


Marche contre le racisme à Mulhouse, à laquelle participe Edmond Maire, le 15 novembre 1983. CE/6/1983/4903
Droits réservés / Coll. Archives CFDT


Communiqué de la Commission CFDT des travailleurs immigrés, 4 mars 1968. CH/7/732
Coll. Archives CFDT


Communiqué du Bureau confédéral condamnant les violences à l'encontre des travailleurs et étudiants étrangers en France, 4 juillet 1968. CH/7/732
Coll. Archives CFDT

Penser les évolutions du monde et de la société


Syndicalisme Magazine, mai 1968, n° 1185. CF/1/13.
ADNP, réservés / Coll. Archives CFDT
Il n’y a jamais eu autant de débats dans l’organisation et dans les entreprises qu’en 1968. La parole se libère et la CFDT joue à plein son rôle d’éducation populaire. Dans ses débats, par ses positions, elle appelle à l’émancipation et incite chacune et chacun à devenir acteur de son destin. Dès 1969, elle développe une pensée réflexive et critique sur les événements et recentre ses revendications sur les aspirations sociales exprimées. La CFDT d’aujourd’hui est nourrie des luttes et des choix des dirigeantes et dirigeants de l’époque, en insistant toujours sur la nécessité de s’appuyer sur les attentes des travailleurs et en leur proposant d’être les acteurs de leurs revendications. A l’heure où elle tient son 49e congrès, sa lutte pour l’émancipation est toujours aussi prégnante.


Pas sans nous... / [non identifié]. – Paris : CFDT, [ca 1988-2000] (s.l. : s.n.). – affiche couleur ; 60x40 cm. CFI/6/640
Droits réservés / Coll. Archives CFDT
Cette exposition est visible dans son intégralité dans les locaux de la CFDT : 
- du 15 au 25 mai 2018 : Confédération CFDT, 4 boulevard de la Villette (Paris 19) 
- du 4 au 8 juin 2018 : Congrès confédéral, Liberté (Rennes) 
- du 15 juin au 28 septembre 2018 : Fédérations CFDT, 49 avenue Simon Bolivar (Paris 19) 

Elle est également à disposition des organisations CFDT qui souhaiteraient l'utiliser. 

Pour aller plus loin :

Crédits

Conception et textes : Unité Archives/Groupe de travail "50 ans de Mai 68", mai 2018

Numérisation des documents :  Anne Bruel - service Information Communication CFDT.

Illustrations :

CFI/5/41 : DR ; CFI/6/105 : Hug ; CF/1/12, CFI/5/39 : DR ; CF/1/13 : Atelier Vicsconti ; CFI/6/31, CE/6/1967/1793, CE/6/1967/3792, CE/6/1967/2380 : DR. CFI/6/63 : DR, CE/6/1962/338 : DR, ADP ; CE/6/1967/909 : Élie Kagan ; CE/6/1966/1637 : E. Lamy, ADNP ; CE/6/1968/12761 : DR ; CE/6/RENAULT/1968/1688 : Gérald Bloncourt ; CE/6/RENAULT/1968/1672 : Photo Horace ; CFI/6/43 : Carel ; CE/6/1968/11234 : Jean Pottier. CFI/6/109, CFI/6/77, CFI/6/78, CFI/6/83 : DR ; CE/6/1968/1000 : DR, Keystone ; CF/1/13 : P. Colombert ; CE/6/1968/1064 : DR, AFP. CE/6/1968/8839 : E. Lamy, ADNP ; CE/6/1981/3699 : Jean Pottier ; CF/2/2 : Jacques Windenberger ; collection privée : DR, Stou. CFI/6/88 : DR ; CE/6/1968/958 : André Bugat ; CF/2/2 / Laville ; CE/6/LIP/4467 : Jean-Marc Simonet ; CE/6/LIP/4498 : Jean-Pierre Danain ; CFI/6/389 : Patrick Massonat. CEL/1/7298, CET/1/8136, CFI/6/213, CE/6/1983/4903 : DR ; CE/6/1983/4903 : DR ; CFI/6/51 : P. Massonat ; CFI/7/27 : FH ; FBP/1/26 : Henz ; CF/1/13 : ADNP ; CFI/6/640 : DR.

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