Enquête auprès des salariés des tours-bureaux de la région parisienne, 1978
Le 20/04/2017 à 14h25 par Anonyme
Résumé

Le 24 février 1978, devant la presse nationale, l'Union départementale CFDT de Paris présente les conclusions de son enquête sur les conditions de travail dans les tours-bureaux de Paris et ses environs.

Résultats de l'enquête sur les conditions de travail dans les tours-bureaux, page 1 (CH/8/429)

 

 

Présentation du document

 

Le rapport présenté ici est le fruit d’une enquête réalisée par l’Union départementale CFDT de Paris, en 1978, auprès des travailleurs des tours-bureaux de la région parisienne, sur leurs conditions de travail. Elle est consécutive à la canicule de juin 1976, pendant laquelle la climatisation de la tour Paris-Lyon (XIIème arrondissement) était tombée en panne, ce qui avait occasionné une brusque montée de la température dans les bureaux, (40 C° dans les bureaux et 70 C° le long des parois extérieures) provoquant suffocations et malaises chez les employés. Il s’était même dit que les « stores commençaient à fondre ».

 

 

Résultats de l'enquête sur les conditions de travail dans les tours-bureaux, page 2 (CH/8/429)

 

 

Au-delà du fait divers, c’est toute une réflexion sur l’évolution des conditions de travail et ses conséquences sur la santé des salariés qui s’amorce. Comme il est souligné en introduction, « les gens ont commencé à parler de leur santé ». Aussi est décidé le lancement d’une grande enquête, financée par l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail qui s’appuie sur un pool d’experts (architectes et médecins du travail entre autres). C’est un succès : l’Union départementale reçoit 1700 réponses venant principalement des secteurs de Montparnasse, de Bercy-Rapée et de la Défense. Elle publie en parallèle une série d’articles sur la santé des travailleurs et les moyens de défendre leurs droits. Elle en fait également une restitution à la presse le 27 février 1978.

 

 

Résultats de l'enquête sur les conditions de travail dans les tours-bureaux, page 3 (CH/8/429)

 

 

Les résultats de cette enquête mettent en lumière des désagréments physiques, conséquences directes de ce nouveau type d’environnement de travail : irritations et picotements des yeux (40%), éblouissements (33%) notamment.  « Au total, 50 % de la population [des tours-bureaux] déclare que l’irritation des yeux est survenue ou s’est accrue, depuis son installation dans les tours ». D’autres affections sont citées telles que les migraines, troubles respiratoires (rhumes, angines…) ou cardiovasculaires (syndrome des jambes lourdes, palpitations…). Ces différents symptômes ne sont pas sans conséquence sur la santé des employés. Outre la fatigue, ils entraînent, pour 19 % des personnes sondées, une consommation accrue de médicaments.

 

 

Analyse des résultats de l'enquête, page 4 (CH/8/429)

 

 

Analyse des résultats de l'enquête, page 5 (CH/8/429)

 

 

Analyse des résultats de l'enquête, page 6 (CH/8/429)

 

 

La seconde partie du rapport est l’occasion d’analyser les résultats de l’enquête et d’en tirer des conclusions. Les liens de causes à effet sont établis entre l’environnement de travail et la santé des salariés. En s’appuyant sur les travaux des consultants médicaux, on confirme par exemple les effets néfastes de l’éclairage artificiel et de la climatisation. Ainsi est-il question de fatigue oculaire, de défense immunitaire en berne ou encore de sécheresse des muqueuses et de la peau. D’où cette formule choc « Les bureaux climatisés plus secs que le désert de Lybie ? ».

 

 

La plate-forme revendicative, page 7 (CH/8/429)

 

 

La plate-forme revendicative, page 8 (CH/8/429)

 

 

La dernière partie de ce rapport est l’occasion pour l’Union départementale CFDT de Paris de faire la liste des revendications indispensables à la sécurité et à la santé des travailleurs : interdiction des locaux aveugles, renouvellement de l’air et contrôle des températures et de l’hygrométrie. En s’appuyant sur des résultats d’enquêtes et des témoignages concrets, la CFDT œuvre pour créer « dans chaque tour [d’]un Comité d’hygiène et de sécurité unique, regroupant tous les employés, quelle que soit leur société ». Combat qui aboutit, en 1982, à l’unification des compétences en matière d’hygiène, santé et sécurité et d’améliorations des conditions de travail, avec la mise en place des CHS-CT (anciennement CHS).

 

 

Extrait du questionnaire proposé par l'Union départementales CFDT de Paris (CH/8/428)

 

 

Présentation du contexte

 

« Pourquoi construit-on des tours bureaux ? » s’interroge l’Union départementale de Paris dans un dossier paru en 1976. Plusieurs raisons peuvent pousser au déploiement en hauteur.

 

Les années d’après-guerre ont été l’occasion d’une reconstruction massive tout d’abord de logements, puis, avec le développement du secteur tertiaire et des grandes entreprises, de tours de bureaux. Paris, devient le symbole de cet étalement urbain, avec en point d’orgue la construction du quartier d’affaires de la Défense, à partir de 1958. Au-delà de l’image de marque recherchée par les grandes entreprises, c’est aussi un moyen pour ces dernières d’assurer un gain de productivité, en concentrant ses différents services au même endroit. C’est également un coût moindre, car les matériaux utilisés (béton, verre, acier) permettent une élévation à la fois rapide et standardisée des espaces de travail, en adéquation avec les nouveaux modèles managériaux (grands plateaux et open-space font leur apparition) venus des États-Unis. En contrepartie, l’adoption de ce modèle met au jour un certain nombre de désagréments :

  • produit standardisé, la tour-bureau n’est pas adaptée au particularisme des différents services d’entreprise. Dans le cas de la climatisation et du renouvellement de l’air, le découpage des espaces empêche une bonne répartition des installations, rendant celles-ci inefficaces, comme cela avait été le cas de la tour de Paris-Lyon en 1976.
  • si les matériaux utilisés sont bon marché, ils sont de très mauvais isolants du point de vue thermique, occasionnant de grands écarts de températures en hiver et en été.
  • outre les conséquences possibles sur la santé des travailleurs, la concentration des services à un même endroit peut s’accompagner, pour les salariés, de temps de trajets plus long, occasionnant stress et fatigue supplémentaires.
  • l’arrivée des tours-bureaux est également un bouleversement pour tout un quartier, du fait des « expulsions sur lesquelles reposent systématiquement les implantations des grands ensembles ».

 

Au final, à la suite de la loi n° 82-1097 du 23 décembre 1982 relative aux comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, la CFDT se dote d’un Institut pour l’amélioration des conditions de travail (INPACT), chargé de mener des études et d’accompagner dans l’information sur les conditions de travail.

 

 

Pour aller plus loin

 

  • Série CINP : fonds de l’Institut pour l’amélioration des conditions de travail (1983-1999).
  • Série CDAR : fonds du département Activités revendicatives (1921-2000).
  • TELLIER Thibault, Le temps des HLM 1945-1975. La saga urbaine des Trente Glorieuses, Collection Mémoires/Culture, Editions Autrement, 2007, 219 p.
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