Le naufrage de l'Amoco Cadiz, 1978
Le 28/11/2018 à 10h16 par M. Mougel
Résumé

Le 28 mars 1978, la CFDT tient une conférence de presse consacrée à la marée noire ayant touché les côtes bretonnes.

Conférence de presse d'Edmond Maire, 28 mars 1978 (CP/15/80)

Pour accéder au document complet, cliquer sur l'image ci-dessus

 

 

Présentation du contexte

 

Parti du golfe persique avec 227 000 tonnes brut de fioul, l’Amoco Cadiz, pétrolier libérien armé par la compagnie américaine Standard Oil, est pris dans une tempête au large de la Bretagne le 16 mars 1978. Plusieurs remorquages sont tentés en vain et le capitaine, en dernier recours, lance son ancre à la mer afin d’éviter la dérive vers les côtes françaises. Peine perdue : le navire s’échoue vers 22 heures, non loin de Portsall (commune de Ploudalmézeau, Finistère). Durant plus de deux semaines, la cargaison du pétrolier se déverse dans l’océan, les nappes emportées par la houle souillant près de 300 kilomètres de littoral. Le bilan écologique et économique est catastrophique : 30 % de la faune et 5 % de la flore marines sont détruites sur une surface de 1 300 km2[1], des populations sont durablement impactées. Les images des plages polluées et des goélands englués dans le mazout choquent l’Europe et font prendre conscience de l’urgence écologique. Durant quatorze ans, l’État français et les communes touchées enchaînent les procédures afin d’obtenir réparation auprès de la société Amoco ; ils obtiennent finalement 1 million 257 000 francs de dédommagement, soit la moitié de la somme demandée.

 

À la suite de cette catastrophe, et de la commission d’enquête parlementaire, la France se dote d’un arsenal législatif plus strict et lance le plan Polmar pour lutter contre les pollutions marines accidentelles. Désormais, les voies de navigation des navires transportant des matières dangereuses se trouvent à un minimum 50 kilomètres du littoral, les équipes de surveillance navale sont renforcées et le Cedre[2] est créé afin de prévenir et d’accompagner toute catastrophe ultérieure.

 

 

Délégués CFDT (dont Jeannette Laot) aux côtés des marins pêcheurs de Brest lors de la manifestation du 1er avril 1978. (CE/6/1978/2873)

Daniel Pszenny / Coll. Archives CFDT.

 

 

Présentation du contenu

 

À la suite du naufrage du pétrolier, la CFDT organise une conférence de presse, le 28 mars 1978. Y interviennent à la fois l’Union régionale Bretagne, quatre fédérations (FUC, FGM, FGA, FGTE[3]), mais aussi Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT. Le document présenté ici est la transcription de sa déclaration.

 

Dans cette allocution, Edmond Maire revient plus particulièrement sur les raisons ayant poussé la CFDT à s’engager aux côtés de la population bretonne et sur l’engagement énergétique de l’organisation. Son raisonnement et celui de la Confédération tiennent en trois points : « l’insuffisance de prévention, la permanence du risque due à une logique de croissance et de profit, le lien entre les conditions de travail et les risques d’accidents, les dégâts du progrès technique non maîtrisé ».

 

Dans un premier temps, il rappelle que les naufrages se sont multipliés depuis quelques années, l’un des derniers et non des moindre étant celui du Torrey Canyon le 7 juillet 1967. Il fustige d’ailleurs les déclarations du ministre de l’Intérieur de l’époque, Christian Bonnet, y voyant « les mêmes appels à la solidarité pour masquer les mêmes carences ». Très critique, le secrétaire général estime que lorsqu’on ne « tient même pas compte de ce qui est déjà arrivé, on n’a pas le droit d’invoquer la fatalité ». Pour la CFDT, le gouvernement n’a pas appris de ses erreurs dans la gestion des catastrophes maritimes. Au-delà de la petite phrase (« la mer est faite de vague, l’air fait de vent. Il n’y a rien là d’extraordinaire, ni d’imprévisible »[4]), il s’agit de démontrer que le naufrage du pétrolier pouvait être anticipé, et qu’il est nécessaire d’envisager une réflexion sur le long terme, et non des décisions prises sporadiquement.

 

Edmond Maire s’attaque ainsi à la question des pavillons de complaisance, qui est pour lui une manifestation de la sous-traitance et de ses dérives dans « l’aliénation des travailleurs » et l’accroissement des risques. Appelés parfois pavillons de libre immatriculation, ils permettent à un propriétaire de navire de placer sa flotte sous la juridiction d’un autre pays, celui-ci étant choisi parmi les moins contraignants en matière de fiscalité, de droit du travail ou de sécurité navale. De ce fait, un tiers des pétroliers en circulation à l’époque relevait de cette juridiction[5]. Parmi eux, ceux ayant sombrés relevaient de ce régime spécifique.

 

Par ailleurs, la CFDT rappelle que la question technologique n’est pas insurmontable et quelle doit résulter d’un changement de mentalité, du point de vue économique et social. Fustigeant « la course à la croissance pour la croissance », « le gigantisme, le secret des décisions et l’ignorance des populations », Edmond Maire rappelle que la CFDT s’est elle-même engagée depuis longtemps dans une démarche de réflexion sur les énergies, par le biais de colloques et d’une plate-forme d’objectifs, afin que les travailleurs s’emparent du sujet. La Confédération propose « un autre type de développement », non pour satisfaire « des objectifs de profit des multinationales » mais pour être « mis au service des travailleurs et de la population » dans le respect de l’environnement.

 

Les 1er et 2 décembre 1978, la CFDT organise à Brest une Conférence de la mer autour des conditions de vie des travailleurs et plus globalement, des évolutions de la société.

 

 

 

Pour aller plus loin

  • CH/8/1470-CH/8/1471 : positions CFDT sur le naufrage du pétrolier libérien Amoco Cadiz et la marée noire en Bretagne.
  • FK/5/1-FK/5/170 : archives de la FGTE-CFDT. -Suivi du secteur marins.
  • FF/3/921-FF/3/1149 : archives de la FUC-CFDT. -Suivi de la branche pétrole.
  • BECOT Renaud, Syndicalisme et environnement en France de 1944 aux années 1980, thèse sous la direction de Geneviève Massard-Guilbaud, EHSS, novembre 2015.
 

[1]Source : association Bretagne Vivante (https://www.bretagne-vivante.org)

[2]Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux.

[3]FUC : Fédération unifiée de la chimie ; FGM : Fédération générale de la métallurgie ; FGA : Fédération générale de l’agriculture ; FGTE : Fédération générale du transport et de l’équipement.

[4]« Marée noire. Les gâchis du progrès », article paru dans CFDT Magazine n° 18, mai 1978.

[5]Source : CFDT Magazine, op. cit


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