Création des Écoles normales ouvrières (ENO), 1931
Le 04/06/2018 à 14h49 par M. Mougel
Résumé

En 1931, la CFTC décide de créer une structure spécifiquement dédiée à la formation syndicale de ses militants.

Présentation du contexte

 

La formation syndicale à la CFTC-CFDT est l’héritière de deux traditions distinctes[1] : l’exemple des secrétariats sociaux, ancré dans une pratique du christianisme social et la pratique des Bourses du Travail.

 

La CFTC, de ces deux influences, tire une organisation originale, amenée à évoluer au fil de ses propres évolutions, s’appuyant notamment sur l’expérience de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), dont elle reprend une certaine pédagogie. La formation confédérale est également impactée par le mouvement de déconfessionnalisation organisée au sein de la CFTC par le mouvemen« Reconstruction ».

 

La question de la prise en compte de la formation des militants se pose très rapidement pour la CFTC. Déjà, dans les débats du Comité national des 9 et 10 octobre 1920, on considère la formation comme « une nécessité absolue ». La même année est organisée une « session d’étude et de pratique syndicales qui rassemblera chaque année pendant 3 jours une centaine de militants venus des quatre coins de la France »[2]. De plus, la CFTC encourage les structures locales et les syndicats à élaborer des groupes d’études et à constituer des bibliothèques à même d’apporter l’information syndicale aux militants. Ainsi, la structure doit venir appuyer la formation individuelle des cadres. A ses débuts, la CFTC se repose donc sur les structures locales, n’ayant pas encore développé de politique de formation confédérale. Les premières Ecoles normales ouvrières, telles qu’on les entend (à savoir une structure « scolaire » de formation syndicale) sont nées à Lille (1925) et Lyon (1928). Fortement inspirées par les théories de Frédéric Leplay (1806-1882), les ENO s’éloignent du simple cercle d’étude, et proposent outre les cours théoriques classiques, une mise en pratique ainsi qu’une série de supports (publications) afin de parfaire la culture militante. Ces modèles inspirent directement la création des ENO confédérales, en 1931.

 

 

"Création d'une École normale ouvrière", texte de Jules Zirnheld, 1931. CP/10/38

 

 

Présentation du document

 

Ce dépliant de 1931, propose un texte de Jules Zirnheld et s’accompagne du programme des premiers cours. Dès le titre, le président de la CFTC parle d’« initiative qui s’impose » afin de créer une « élite ouvrière », formée tant à la doctrine syndicale qu’aux questions économiques et sociales. Afin d’être « pris au sérieux », une formation aux rouages de la négociation et de la représentativité est nécessaire. Il rappelle aussi que depuis 1920, près de 250 cercles ou commission d’études ont été créés au sein des syndicats CFTC. Toutefois, la Confédération estime qu’il est nécessaire d’établir un cadre et une méthode générale, s’appuyant sur le modèle des ENO du Nord et du Sud-Est.

 

 

"Création d'une École normale ouvrière", texte de Jules Zirnheld, 1931. CP/10/38

 

 

Programme du premier cycle d'apprentissage, 1931. CP/10/38

 

 

Jules Zirnheld rappelle que, bien que ces sessions soient désignées par le terme d’école « l’institution ne peut être encore un véritable collège ouvrier, supposant une longue présence, plus ou moins continue, des élèves ». Les premières ENO divisent le cycle d’apprentissage en deux parties : un cycle de cours organisé entre octobre et mai, puis un second cycle intensif d’un mois, durant l’été. Cette seconde partie, organisée à la campagne afin de favoriser « le travail et la nécessaire détente » se déroule au domaine de Bierville, alors propriété de la famille Sangnier. Le contenu des cours est riche et varié : « Histoire et philosophie sociale, sciences économiques, législation sociale, organisation professionnelle et syndicale ». L’objectif est de former le plus de militants possibles des deux sexes, ouvriers et employés. Une bourse peut même être attribuée afin d’indemniser les frais de transport et de logement.

Si dans un premier temps, la CFTC s’appuie sur l’expérience d’œuvres sociales chrétiennes (Directions des œuvres de Paris, Meaux et Versailles, Union d’études des catholiques sociaux…), le mouvement de déconfessionnalisation au sein de l’organisation apporte de nouvelles directions à la politique de formation confédérale. Celle-ci évolue au gré des mutations des organisations syndicales, afin de répondre aux demandes des militants. En 1958 est créé un secteur confédéral dédié à l’organisation et à la formation, et en 1962 est instauré une commission confédérale chargée de définir cette politique de formation. Puis, en 1981, est fondé l’Institut syndical d’étude et de formation juridique (ISEFOJ). En 1988, les secteurs Organisation et Formation fusionnent pour devenir le département Développement, Organisation, Formation, toujours en place.

 

 

Programme du second cycle d'été, 1931. CP/10/38

 

 

Programme 1953-1954 de l'Institut confédéral d'études, 1953. CFI/5/14

Droits réservés / Coll. Archives CFDT

 

 

Pour aller plus loin

 

  • FAYOL Michel, La formation syndicale CFTC-CFDT : une histoire ancienne et contrastée, mémoire, Université Paris, 1991, 42 p.
  • CH/8/2330-2706 : fonds du Secteur confédéral Formation (1930-1990)
  • CF/4/1-CF/4/7 : publications ENO (137-1939) puis Formation (1947-1971)
 

[1] POUCET Bruno, « La formation syndicale à la CFTC-CFDT : de la préhistoire à l’histoire des Ecoles normales ouvrières », in Mouvement ouvrier et formation. Genèses : de la fin du XIXe siècle à l’après Seconde Guerre mondiale, Paris, L’Harmattan, 2009.

[2] Gérard Espéret, « La culture ouvrière et la formation syndicale dans la CFTC », s.d (CP/10/38)

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