Johnny Hallyday et les sidérurgistes lorrains
Le 08/12/2017 à 14h37 par Nicolas Perrais
Résumé

Dans la nuit du 7 au 8 mars 1979, Johnny Hallyday découvre malgré lui, les conditions de travail des sidérurgistes lorrains. Dans le contexte de crise qui frappe la sidérurgie et pour médiatiser leur situation, des militants CFDT de Longwy « invitent » le chanteur à se rendre dans leur usine.

Johnny Hallyday est décédé le 6 décembre 2017 après une longue carrière de près de soixante ans. Ses interprétations de textes parfois écrits par de grandes plumes, telle Françoise Sagan, en firent une icône populaire inégalée. Mais si l’auteure de Bonjour Tristesse céda ses droits d’auteur polonais au syndicat Solidarnosc, Johnny Hallyday est moins connu pour sa proximité avec le mouvement syndical. Pourtant, c’est méconnaître un épisode survenu dans la nuit du 7 au 8 mars 1979.

 

Depuis plusieurs années déjà, le bassin lorrain est plongé dans une crise sidérurgique sans précédent. Le 20 septembre 1978, un nouveau plan de sauvetage prévoit que l’État prenne le contrôle temporaire des sociétés Usinor-Chatillon-Neuves-Maisons et Sacilor-Sollac. Les mesures envisagées sont drastiques : 21 750 suppressions d’emplois sont prévues entre mai 1979 et fin 1980, dont les trois-quarts pour la seule année 1979. 8 500 emplois sont concernés chez Sacilor-Sollac et 12 500 à Usinor-Chiers-Chatillon dont 5 000 à Denain et 6 500 à Longwy. L’ampleur des licenciements présage une mise à mort des bassins industriels et suscite la colère.

 

Face à cette crise, la CFDT cherche à développer l’action au niveau de la branche sidérurgique mais aussi au niveau régional, ce qui ne va pas sans difficulté étant donné les différences d’approches. En effet, depuis 1978, la confédération s’engage sur la voie du « recentrage ». Définitivement adoptée au 38e congrès confédéral de Brest en mai 1979, cette orientation entend privilégier l’action syndicale sur l’action politique ; la négociation et le réalisme revendicatif sur les positions jugées inflexibles. Or, cette nouvelle stratégie heurte une certaine base radicalisée, notamment chez les sidérurgistes de Longwy, qui rejettent le principe même des négociations entérinant de fait l’idée de suppression d’emplois.

 

C’est dans ce contexte que Johnny Hallyday croise le destin des sidérurgistes longoviciens. Au soir du 7 mars 1979 et à l’issue de son concert à Metz, le chanteur rejoint son hôtel. Pour sensibiliser l’opinion publique sur la situation industrielle, une poignée de militants CFDT se rend sur place avec l’intention de faire visiter au chanteur leur usine. Dans cette volonté de prolonger la nuit, le petit groupe parcours les quarante-cinq minutes de route qui les séparent de Longwy. Sur place, l’escapade dure une heure trente, immortalisée par quelques clichés.

 

 

Johnny Hallyday dans l'usine de Longwy (Meurthe-et-Moselle), le 8 mars 1979.

(CE/6/1979/3087)

Christian Poulin, Pol Gornek / Coll. Archives CFDT

 

 

À l’issue de sa visite nocturne, en chaussant le casque blanc des sidérurgistes sur lequel est écrit « Longwy. SOS Emploi. CFDT », Johnny Hallyday confie ses impressions : « Je ne m’y attendais pas mais je suis content d’être venu. J’avais entendu parler de Longwy comme tout le monde mais on ne se représente pas ce qu’est le travail dans une usine. C’est très impressionnant. C’est l’enfer. On se demande comment font les gens pour travailler dans de telles conditions. Nul ne peut ignorer le désarroi de ces hommes à qui l’on veut retirer leur outil de travail. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté de suivre mes hôtes d’un soir. Si ma venue peut leur être utile, j’en suis ravi ».

 

Interrogé par le Républicain Lorrain lors de la mobilisation de Florange pour sa survie (24 avril 2012), Johnny évoque cet épisode passé avec un brin de nostalgie. « Enlevé, c’est un bien grand mot. Effectivement, c’était après un spectacle. Ils étaient venus à l’hôtel et je les avais accompagnés sur le site. Ils m’ont fait visiter les installations. J’en garde un bon souvenir… ».

 

 

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