Le choix du sigle CFDT, avril 1964
Le 22/11/2017 à 14h41 par M. Mougel
Résumé

En 1964, en vue du projet de déconfessionnalisation et du changement de statuts de l'organisation, le Bureau confédéral puis le Conseil confédéral sont amenés à réfléchir au nouveau nom de la Confédération.

Propositions de titres soumis au vote du Conseil confédéral, 24-25 avril 1964 (CG/7/74)

 

 

Propositions de titres soumis au vote du Conseil confédéral, 24-25 avril 1964 (CG/7/74)

 

 

Présentation du document

 

Le document présenté ici est la liste définitive des sigles proposés au Conseil confédéral[1] des 24 et 25 avril 1964, en vue du remplacement de l’acronyme CFTC. Le choix d’un nouveau titre pour la nouvelle organisation n’est pas anodin : la déconfessionnalisation ne se réalise pas uniquement dans les faits mais aussi dans le vocabulaire.

 

L’idée de la confédération est d’élaborer une identité nouvelle, plus en phase avec les évolutions de la société. La première conséquence est la disparition du C (« chrétien ») du sigle de l’organisation, en même temps que la suppression de la mention de morale chrétienne dans les statuts. Plusieurs points fondamentaux sont soulevés, dès 1963, à la perspective de cette évolution sémantique. Peut-on adopter de nouveaux statuts avant une ratification du nouveau nom ? Le changement de nom doit-il être effectif avant le congrès extraordinaire du mois de novembre ? Les organisations affiliées peuvent-elles conserver le terme « chrétien » dans leur acronyme ?

 

Les débats du 32ème congrès confédéral, tenu du 13 au 16 juin 1963 à Issy-les-Moulineaux, sont analysés dans un supplément au numéro 54 de Formation (septembre-octobre 1963)[2], notamment le changement de sigle. Trois positions majeures se dessinent alors au sein de l’organisation :

  • Les partisans d’un maintien du titre car « on ne change pas de drapeau, [leur] engagement a été fait sous une étiquette, [ils sont] liés à elle ».
  • Ceux militant pour une suppression immédiate du terme chrétien car il s’agit d’une démarche « logique » et la « traduction normale de la volonté d’élargissement du mouvement ».
  • Les tenants d’une suppression du terme « chrétien » mais seulement lorsque toutes les conditions seront réunies, à savoir une définition claire de la position confédérale face aux défis économiques et sociaux.

 

Des dizaines de noms sont proposés, selon deux options. Tout d’abord, le maintien du sigle, tout en en changeant la signification. Si cette solution a l’avantage de marquer la continuité avec l’ancienne appellation, elle restreint néanmoins le renouvellement et aboutit parfois à des incohérences (par exemple : Confédération française des travailleurs confédérés). C’est finalement la seconde option, à savoir le changement de nom, qui est préférée. Toutefois, afin d’éviter un changement trop brusque et de manière à régler les problèmes judicaires dus à la scission, le choix est fait de maintenir accolé pendant un temps CFTC et CFDT. Cela est effectif jusqu’en 1971, date à laquelle les deux parties décident un règlement à l’amiable de la crise entamée en 1964.

 

Le Conseil confédéral se voit donc proposer une liste définitive de 43 titres, pour validation avant ratification par le congrès extraordinaire des 6 et 7 novembre 1964. La note est accompagnée d’une recommandation du Bureau confédéral qui souhaite privilégier les notions de « Confédération », de « Démocratie » et de « Français ». Plusieurs propositions font abstraction du F de « français ». Mais cela est vécu par beaucoup comme une « rupture avec une tradition remontant à la fin de la Grande Guerre, lorsque Jules Zirnheld et les fondateurs de la CFTC affichaient [leur] ferveur patriotique »[3]. D’un point de vue purement pratique, cela permet d’identifier immédiatement l’organisation dans le paysage syndical mondial. De même, l’appellation « union » si elle est empreinte d’internationalisme, ne semble pas retranscrire la notion fédéraliste attachée au terme « confédération ». Enfin, le terme « démocratie » apparait alors de plus en plus dans les débats syndicaux, particulièrement depuis la constitution de la Vème République.

 

Ainsi, selon le procès-verbal du Conseil confédéral du 24 avril 1964, « [Georges] Levard informe le Conseil des titres ayant la préférence du Bureau confédéral :

  • Confédération démocratique française du travail
  • Confédération démocratique des travailleurs français
  • Confédération française des syndicats démocratiques
  • Confédération française démocratique du travail
  • Confédération démocratique du travail »

 

De ce fait, si pendant un temps le sigle UGT (Union générale des travailleurs) proposé par le Syndicat de la Chimie du Roussillon semblait l’emporter, c’est bien le sigle CFDT, englobant les notions exprimées par le Conseil confédéral, qui est largement adopté : sur les 39 votants, 18 s’expriment en faveur de la CFDT, suivi par les partisans du maintien du sigle CFTC avec 7 voix. Viennent ensuite les sigles CSDT (4 voix), CFTS (2 voix) et CDT (2 voix). Si l’on en croit les notes du Bureau confédéral de septembre 1963, Marcel Gonin a le premier proposé le titre de Confédération française démocratique du travail.

 

 

Pour aller plus loin

 

  • GEORGI Frank, « Chapitre 3 : Naissance de la CFDT » in L’invention de la CFDT, 19571970, Les éditions de l’atelier/CNRS Editions, 1995, pp. 143-179.
  • CG/3 : dossiers du bureau confédéral (1931-1970).
  • CG/7 : dossiers du Conseil confédéral (1953-1970).
  • CG/11/55-CG/11/57 : dossiers du congrès confédéral extraordinaire (6-7 novembre 1964, Issy-les-Moulineaux).

[1] Composé de vingt-deux membres (titulaires et suppléants) désignés par les organisations (fédérations, unions régionales ou départementales) de vingt-deux membres élus par le Congrès, le Conseil confédéral assure la direction permanente de la Confédération en siégeant tous les deux mois. Il élit en son sein un Bureau confédéral qui constitue l’exécutif de la Confédération et qui lui rend compte des initiatives prises entre deux sessions.

[2] Publication prenant la suite du Bulletin de l’École normale ouvrière, Formation est un outil de travail du militant syndicaliste paru entre 1947 et 1971.

[3] GEORGI Frank, « Chapitre 3 : Naissance de la CFDT » in L’invention de la CFDT, 1957-1970, Les éditions de l’atelier/CNRS Editions, 1995, p. 157.

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