Deux ouvrages d'Edmond Maire et leurs traductions
Le 19/10/2017 à 11h15 par M. Mougel
Résumé

Tout au long de son parcours militant, Edmond Maire a produit de nombreux ouvrages, accompagnant sa réflexion sur l’évolution du syndicalisme cédétiste et ses combats revendicatifs. Au total, il a rédigé et contribué à une trentaine d’ouvrages, ainsi qu’à de nombreux articles dans la presse, et parmi eux Lip 73 et Demain l’autogestion, présentés ici.

À gauche : traductions en grec et serbo-croate de « Demain l’autogestion ».

À droite : traduction italienne de « Lip 73 », traduction japonaise de « Demain, l’autogestion ».

Crédit : Anne Bruel

 

 

Il s’agit de deux ouvrages importants rédigés par Edmond Maire : Lip 73, co-écrit avec Charles Piaget (représentant CFDT chez Lip) en 1974 et Demain, l’autogestion, publié en collaboration avec Claude Perrignon (chargé, à la Confédération, des relations avec la presse) en 1976. Ils ont fait l’objet de plusieurs traductions dans les années qui ont suivi leur parution française : italienne (1974), serbo-croate (1976), grecque (1977) et japonaise (1979).

 

Ces deux ouvrages, revenant à la fois sur l’expérience autogestionnaire d’entreprise et la théorisant à une plus large échelle, prolongent les réflexions déjà entamées par la CFDT et plus particulièrement par Pierre Rosanvallon, alors rédacteur en chef de la revue CFDT aujourd’hui qui signe, dans le numéro de janvier-février 1974, l’article « Théorie et pratique de l’autogestion yougoslave » et publiera également, en 1976, L'Âge de l'autogestion aux éditions du Seuil.

 

Ces différentes traductions sont autant le témoignage de l’intérêt que suscitent les réflexions de la CFDT au-delà des frontières nationales que l’émanation des relations  entretenues par la CFDT avec les syndicats étrangers.

 

 

L’autogestion yougoslave

 

Le concept autogestionnaire trouve une réalisation d’ampleur en Yougoslavie, lorsqu’en 1950, est votée une loi fondamentale, ayant pour objectif de rendre « l’usine aux ouvriers » tout en cherchant à pallier les défauts du soviétisme par la diffusion d’un communisme basé sur « la libre association des producteurs ». C’est cette autogestion d’État qui marque profondément Edmond Maire dans sa réflexion sur l’expérience socialiste. Membre de la première délégation confédérale invitée dans ce pays, en 1964, il en revient impressionné. En 1975, il signe un ouvrage avec Jacques Julliard (La CFDT d’aujourd’hui) où l’autogestion est considérée comme « un socialisme en marche ». Pour Edmond Maire, il ne s’agit pas simplement d’une utopie autogestionnaire, mais d’une piste de développement du socialisme[1].

 

 

Déplacement en Yougoslavie, réunion avec les représentants syndicaux, février-mars 1964 / [Edmond Maire à l’arrière-plan derrière lui, debout, René Salanne]. (CK/2/17)

Foto-Slovenija Ljubljana / Coll. Archives CFDT

 

 

La traduction serbo-croate de son livre n’est donc pas surprenante, surtout quand on connait les liens anciens de la CFDT avec les syndicats yougoslaves. On peut par exemple noter qu’en août 1965, Michel Le Tron et Frédo Krumnow, alors permanents de la CFDT, effectuent un voyage en Yougoslavie dont ils tirent un rapport décrivant l’expérience autogestionnaire du pays[2]. Cette traduction, a donc une forte valeur symbolique, non seulement pour Edmond Maire mais aussi pour la Confédération. Ainsi, depuis le mandat d’Eugène Descamps, la CFDT est attentive à la réalité de l’application du socialisme et profite de la période de détente des relations durant la Guerre Froide pour tisser des liens avec les syndicats d’Europe de l’Est.

 

 

Les syndicats japonais

 

La traduction japonaise, de prime abord, peut sembler étonnante, car les liens de la CFDT avec les syndicats japonais sont moins connus. On peut faire remonter à 1970 les premiers contacts de la Confédération avec ses homologues nippons, à l’occasion de la Conférence syndicale mondiale de solidarité avec les peuples d’Indochine.

Toutefois, les premières relations établies sont plus tardives, c’est-à-dire à la fin des années 1970 (1977-1981). Une rencontre a lieu en France en 1978[3] et le compte rendu qui en est fait évoque notamment un changement de politique de Sohyo (principale centrale syndicale nippone), jusqu’alors centrée sur une démarche davantage politique que sociale. Alors que le Japon connaît sa première récession dans certains secteurs économiques (naval, textile…), les syndicats se trouvent confrontés aux faiblesses de leurs revendications sociales ; aussi, cherchent-ils un nouvel élan dans leur réflexion, fondé sur une « solidarité effective » entre les travailleurs et une confrontation des stratégies avec celles des syndicats européens.

La sortie de l’ouvrage en japonais, coïncide donc à la fois avec le développement d’une nouvelle réflexion du syndicalisme nippon mais aussi avec le développement concret de ses liens avec la CFDT.

 

 

Edmond Maire rencontrant son homologue japonais [Mitsuo Tomizuka, secrétaire général du Sohyo], [5-20 mai 1981]. (CK/2/23)

Droits réservés, APF / Coll. Archives CFDT

 

 

Syndicalismes italien et grec

 

Les liens sont anciens avec les syndicats italiens. Historiquement, en partie grâce à l’activité de Charles Savouillan -secrétaire général de la Fédération CFTC de la métallurgie entre 1944 et 1951 puis membre du bureau confédéral de la CFTC entre 1948 et 1951, mais aussi cofondateur du groupe  Reconstruction- les minoritaires de la CFTC étaient liés aux membres de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), socialistes catholiques qui avaient fait le choix d’une organisation laïcisée. Depuis les années 1960 les responsables de la CFDT se sont davantage rapprochés de la Confédération générale italienne du travail (CGIL), qui s’affichait comme communiste mais d’un communisme critique, plus proche finalement des innovations titistes que du modèle soviétique fondé notamment sur une stricte subordination syndicale. Des deux côtés des Alpes le temps est alors aux réflexions sur un nouveau socialisme et chaque rencontre donne lieu à des échanges de haute tenue intellectuelle. Par ailleurs, le début des années 1970 est marqué en Italie par une forte conflictualité sociale qui tend à déborder les organisations syndicales, unifiées dans une Fédération unitaire depuis 1972. La réflexion de la CFDT face à la lutte menée par les LIP ne pouvait donc qu’intéresser les syndicalistes italiens.

Pour la version grecque, on suppose qu’au lendemain de la chute de la dictature, en 1974, les syndicats grecs ont nécessité de se reconstruire ; aussi, cherchent-ils auprès d’autres syndicats européens une littérature à même d’étoffer leur stratégie et leur argumentaire de revendications sociales.

 

Ces livres, au-delà de leurs thèmes, illustrent la volonté de la CFDT de diffuser ses réflexions au-delà du monde syndical français, et son souhait de développer non seulement sa politique internationale mais aussi de renforcer la coopération intersyndicale.

 

 

Pour aller plus loin

 

  • HELVIG Jean-Michel, Edmond Maire, Une histoire de la CFDT, éditions du Seuil, 2013, 601 p.
  • CP/15 et CP/28 : archives d’Edmond Maire.
  • Série CDIE : archives de l’ancien département International et Europe.

[1] Voir aussi : rapport général présenté par Edmond Maire au 36ème congrès confédéral, 30 mai-3 juin 1973 (CG/11/76).

[2] CP/15/65 : « Les relations de travail et l’action des syndicats dans la pratique de l’autogestion ».

[3] Source : note de la Commission exécutive de mai 1978 (CG/8/613).

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